Défi anti-gaspi : 30 jours pour mesurer ce qu'on jette, et en jeter deux fois moins
Publié le 4 octobre 2026. Par Jérémy Arciszewski, fondateur de Frugalys. 7 min de lecture.
Un défi anti-gaspi tient en trois règles : compter ce qui est mangé et ce qui est jeté, choisir trois gestes, comparer au bout de 30 jours. C'est la méthode de l'opération menée avec l'ADEME auprès de 243 foyers : leur gaspillage est passé de 25,5 à 10,5 kg par personne et par an, soit 59 % de moins, et tout a commencé par une mesure.
Chaque produit soldé d'un geste, mangé ou jeté : Frugalys tient le compte du défi à ta place.
Un défi anti-gaspi est une période courte pendant laquelle un foyer mesure ce qu'il jette et essaie de le réduire. La formule a été éprouvée à grande échelle. En 2016, trois associations de consommateurs (la CLCV, Familles Rurales et la CSF) ont suivi 243 foyers pendant près de six mois, en partenariat avec l'ADEME. Le communiqué du 16 octobre 2016 (PDF) résume le résultat : les foyers ont réduit leur gaspillage « de plus de moitié (59 %) et ont maintenu leurs bonnes pratiques même après la fin de l'opération ».
Pourquoi un défi marche-t-il mieux qu'une liste de conseils ?
Parce qu'il commence par une mesure, et qu'on ne réduit pas ce qu'on ne voit pas. Le communiqué de l'ADEME intitule cette étape « la prise de conscience, 1ère étape indispensable » : avant tout conseil, les foyers ont pesé leurs restes et leurs produits jetés encore emballés.
La suite compte autant. Chaque foyer devait choisir trois gestes parmi neuf, et pas davantage. Les familles en ont finalement appliqué plus de sept en moyenne, et toutes continuaient trois mois après la fin. Un participant, Michel H., le dit dans le communiqué : « Nous faisions déjà attention, avant l'opération, maintenant cela devient automatique, même si on ne pèse plus ».
Une liste de vingt conseils demande de tout changer d'un coup, sans retour sur ce qui a marché. Un défi fait l'inverse : un point de départ chiffré, peu de gestes, une date de fin. C'est aussi pour cette raison que les listes de conseils contre le gaspillage tiennent rarement au-delà d'une semaine chargée.
Que faut-il mesurer : des kilos ou des produits ?
Les deux se défendent, mais compter les produits se tient plus longtemps. La pesée donne des kilos, comparables aux 30 kg par habitant et par an de l'ADEME. Le comptage donne une proportion : sur tout ce qui a quitté le frigo, quelle part a été mangée.
| Méthode | Ce qu'elle mesure | Ce qu'elle demande | Sa limite |
|---|---|---|---|
| La pesée | Des kilos jetés, restes et emballés séparés | Une balance, un seau à part, une pesée à chaque sortie de poubelle | Fastidieuse : les foyers de l'opération ont cessé de peser une fois l'habitude prise |
| Le carnet sur le frigo | Le nombre de produits jetés, et lesquels | Un trait par produit jeté | On oublie de noter ce qui a été mangé, donc pas de proportion |
| L'application d'inventaire | La part de produits mangés, sur ce qui est sorti du frigo | Solder chaque produit d'un geste, mangé ou jeté | Déclaratif, et les restes dans l'assiette n'y sont pas |
La pesée a un avantage que le comptage n'a pas : elle voit les restes de repas. Dans le panel de l'ADEME, ils pesaient 86 % du gaspillage, contre 14 % pour les produits encore emballés. Le comptage, lui, voit mieux le produit oublié, celui qui est jeté sans avoir été ouvert et qui représente 7 kg sur 30 à l'échelle du pays. Pour un premier défi, compter les produits suffit ; ajouter une pesée la première et la dernière semaine donne le chiffre en kilos.
Le défi anti-gaspi en 30 jours, semaine par semaine
Une semaine pour mesurer sans rien changer, trois semaines pour tenir trois gestes, et un bilan le dernier jour. La première semaine est la plus importante : c'est le point de départ auquel tout le reste se compare.
| Période | Ce qu'on fait | Ce qu'on note |
|---|---|---|
| Jours 1 à 7 | Rien de nouveau : on vit comme d'habitude | Chaque produit qui quitte le frigo, mangé ou jeté. C'est l'état des lieux |
| Jour 7 | On regarde ce qui a été jeté, et pourquoi | Les trois gestes choisis, écrits et affichés |
| Jours 8 à 21 | On applique les trois gestes, pas un de plus | Toujours les sorties, et la raison de chaque produit jeté |
| Jours 22 à 29 | On ajoute un geste si les trois premiers tiennent seuls | Les sorties |
| Jour 30 | Le bilan : la part mangée du mois face à celle de la première semaine | Ce qu'on garde pour la suite |
Deux règles évitent de tricher avec soi-même. Un produit congelé à temps n'est ni mangé ni jeté : il attend, et se comptera le jour où il sortira du congélateur. Et un produit jeté parce qu'il était réellement dangereux se compte comme les autres : le défi mesure ce qui se perd, pas la faute de quelqu'un.
Les neuf gestes de l'opération, et lesquels choisir
Les deux gestes devenus des réflexes chez les 243 foyers sont de connaître ses stocks et de regarder les dates et les formats avant d'acheter. Le communiqué les cite comme les plus ancrés trois mois après. Le troisième se choisit selon ce que la première semaine a montré.
- Établir ses menus à l'avance, en partant de ce qui périme en premier : c'est le principe du menu de la semaine.
- Dresser une liste de courses et s'y tenir, après avoir regardé ce qu'il reste : voir la liste de courses anti-gaspi.
- Regarder les dates et les formats avant d'acheter, y compris sur les lots en promotion.
- Veiller à la bonne conservation, ce que le communiqué traduit par « je connais mes stocks au frigidaire, dans le congélateur et dans mes placards ».
- S'adapter aux dates de péremption, donc savoir qu'une DDM dépassée ne rend pas un produit dangereux.
- Préparer les bonnes quantités.
- Adopter une cuisine anti-gaspillage, celle des recettes avec les restes.
- Servir les bonnes portions.
- Conserver les restes de repas, dans les limites de la durée de conservation au frigo.
Le choix se lit dans l'état des lieux. Si la première semaine montre surtout des produits jetés entiers, les gestes utiles sont ceux d'avant l'achat : stocks, liste, formats. Si elle montre surtout des fonds de plats, ce sont ceux de la cuisine : quantités, portions, restes.
Comment se défier à plusieurs sans que le plus gros frigo gagne ?
En comparant une proportion, jamais une quantité. Un foyer de cinq sort plus de produits de son frigo qu'une personne seule : classer sur le nombre de produits sauvés le ferait gagner d'office. La part de ce qui sort du frigo et finit mangé met tout le monde à égalité.
Quelqu'un qui sort douze produits dont onze mangés est à 92 %, qu'il vive seul ou à six. Trois règles rendent cette comparaison juste, entre amis, entre voisins ou entre collègues :
- Une même fenêtre de temps, glissante. Trente jours laissent le temps de remonter après une mauvaise semaine, et n'avantagent pas celui qui a commencé plus tôt.
- Un minimum de produits pour être classé. Un seul yaourt mangé fait 100 %, et ce n'est pas un résultat.
- Un geste vaut un geste. Finir un pack de douze compte comme finir un pot : sinon, ce sont les gros conditionnements qui gagnent.
Notre calcul : avec 16 produits mangés sur 20, la part est de 80 %. Pour passer 82 %, il faut manger les 3 produits suivants sans en jeter un seul (19 sur 23, soit 82,6 %). Plus la part est haute, plus un produit jeté coûte cher : à 97 %, un seul écart demande des dizaines de produits mangés pour être rattrapé.
Le défi dans Frugalys : un classement et dix ligues
Depuis la version 1.2.0, Frugalys classe ses utilisateurs sur la part de ce qui sort de leur frigo et finit mangé, sur les 30 derniers jours. Jamais sur la quantité : une personne seule et un foyer de cinq jouent à égalité. Il faut cinq sorties pour être classé.
Ton impact
Chaque sortie se déclare d'un geste
Dans l'inventaire, un produit se solde d'un geste : mangé, entamé, congelé ou jeté. Ce sont ces gestes, et eux seuls, qui font le compte. L'historique les montre jour par jour.
La part se calcule sur le téléphone. Pour figurer au classement et te comparer, il faut un compte : l'application n'envoie alors que trois compteurs, jamais ton inventaire, et le tableau n'affiche que les prénoms.
La part est découpée en dix ligues, de Fer à Maître. Les marches se resserrent vers le haut, parce que les derniers points sont les plus chers. À chaque palier, l'écran ne dit pas « il te manque 3 % » : il dit combien de produits mangés d'affilée il te faut pour monter.
| Ligue | Part mangée, sur 30 jours | Ce que ça veut dire |
|---|---|---|
| Fer | Moins de 50 % | Un produit sur deux finit à la poubelle |
| Bronze | 50 % et plus | La moitié de ce qui sort est mangée |
| Argent | 65 % et plus | Deux produits sur trois |
| Or | 75 % et plus | Trois produits sur quatre |
| Platine | 82 % et plus | Plus de quatre sur cinq |
| Émeraude | 87 % et plus | Près de neuf sur dix |
| Saphir | 91 % et plus | Chaque produit jeté se compte |
| Rubis | 94 % et plus | Moins d'un produit sur seize se perd |
| Diamant | 97 % et plus | Presque rien ne se perd |
| Maître | 99 % et plus | Quasiment rien ne quitte le frigo sans avoir été mangé |
Entre amis
Un code à donner, et vous vous voyez tous les deux
Chaque compte a un code à six caractères. Tu le donnes, ou tu entres celui de quelqu'un, et vous apparaissez dans le même tableau. À moins de vingt personnes, la position s'écrit en clair, « 2ᵉ sur 8 » ; au-delà, elle devient « Top 12 % ». À part égale, celui qui a déclaré le plus de sorties passe devant : c'est le seul cas où le volume compte.
À côté du classement, qui monte et descend, l'application garde une échelle qui ne redescend jamais : vingt rangs, de Graine à Légende. Un produit mangé à temps vaut 10 points, une semaine entière sans rien jeter en vaut 100. Et à la fin du mois, un bilan compare le mois à celui d'avant, dans une image à partager.
Trois limites, pour être exact. Le compte est déclaratif : il vaut ce que tu déclares. Il porte sur les produits de l'inventaire, donc pas sur ce qui reste dans l'assiette. Et les kilos et les euros affichés à côté sont des estimations tirées du nombre de produits, pas des pesées : seule la part mangée est une mesure. C'est pour cela que le classement s'appuie sur elle.
Ce qui fait abandonner un défi anti-gaspi
Trois choses : vouloir tout mesurer, changer trop de gestes à la fois, et se punir d'une mauvaise semaine. Les foyers de l'ADEME n'avaient que trois gestes à tenir, et c'est en partant de là qu'ils en ont adopté sept.
Peser chaque épluchure décourage en dix jours ; compter les produits suffit. Un retour de vacances ou une semaine de grippe fait jeter, et un défi qui efface tout à ce moment-là ne sera pas repris. D'où l'intérêt d'une fenêtre glissante : la mauvaise semaine sort du calcul un mois plus tard, d'elle-même. Enfin, un défi à plusieurs tient mieux qu'un défi seul, à condition que la règle soit la même pour tous.
Ce qu'il faut retenir
Un défi anti-gaspi, c'est une mesure, trois gestes et une date de fin : 243 foyers ont réduit leur gaspillage de 59 % de cette façon. Compte ce qui est mangé et ce qui est jeté pendant une semaine, choisis tes gestes d'après ce que tu vois, et compare une proportion plutôt qu'un nombre de produits, surtout à plusieurs.
L'application
Le compte se tient tout seul
Tu soldes chaque produit d'un geste, mangé ou jeté. Frugalys calcule ta part sur 30 jours, te place dans une ligue et te dit combien de produits il te manque pour monter.
Gratuit, sans limite de durée. Le classement demande un compte. iPhone, iOS 16.4 ou ultérieur. Ce qui est gratuit, en détail.
Questions fréquentes
C'est quoi, un défi anti-gaspi ?
C'est une période courte, en général un mois, pendant laquelle un foyer mesure ce qu'il jette, choisit quelques gestes précis et compare le résultat à son point de départ. La mesure fait la différence avec une simple liste de conseils : dans l'opération menée avec l'ADEME auprès de 243 foyers, tout a commencé par la pesée des déchets alimentaires, et le gaspillage a baissé de 59 %.
Combien de temps doit durer un défi anti-gaspi ?
Trente jours suffisent pour voir un résultat : une semaine d'état des lieux sans rien changer, puis trois semaines avec trois gestes choisis. L'opération de l'ADEME a duré près de six mois, mais elle accompagnait 243 foyers avec des pesées. À la maison, un mois est assez long pour couvrir plusieurs pleins de courses, et assez court pour être tenu jusqu'au bout.
Faut-il peser ses déchets alimentaires ?
Non, ce n'est pas obligatoire. Peser donne des kilos comparables aux chiffres nationaux, mais demande une balance et de la constance. Compter les produits suffit pour un défi à la maison : à chaque produit qui quitte le frigo, on note s'il a été mangé ou jeté. La part de produits mangés se suit de semaine en semaine sans aucun matériel.
Comment faire un défi anti-gaspi à plusieurs foyers ?
En comparant une proportion et jamais une quantité. Une famille de cinq sort plus de produits de son frigo qu'une personne seule, et gagnerait tout classement en nombre de produits sauvés. La part de ce qui sort du frigo et finit mangé, sur une même période de trente jours, met tout le monde à égalité. Il faut aussi fixer un minimum de produits pour être classé.
Les sources
- ADEME, CLCV, Familles Rurales et CSF, communiqué du 16 octobre 2016 (PDF hébergé par la CLCV) : 243 foyers suivis près de six mois, de 25,5 à 10,5 kg par personne et par an, 59 % de réduction, les neuf gestes, la part des restes (86 %) et des produits emballés (14 %), les témoignages.
- ADEME, Comment traquer le gaspillage alimentaire ?, fiche Clés pour agir, juillet 2022 : 30 kg par habitant et par an, dont 7 kg encore emballés.
- Les règles du classement, les seuils des ligues et le barème des points sont ceux de la version 1.2.0 de Frugalys, publiée sur l'App Store le 21 septembre 2026.
L'exemple chiffré de l'encadré est notre calcul. Les kilos et les euros affichés par l'application sont des ordres de grandeur.